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Vol et Ski 2010 à Saint Gervais Mont-Blanc

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Le week-end du 6-7 mars 2010, tous les compétiteurs du challenge Vol et Ski 2010 de la Fédération Française de Vol Libre (F.F.V.L.) se sont retrouvés à Saint Gervais Mont-Blanc pour une nouvelle étape avant Flaine et la finale de Courchevel. On retrouve au petit-déjeuner tous les cadors de ces dernières années (Les NOCHEZ père et fils, les frères GREEN, Sean POTTS, Patrick BEROD, Samuel SPERBER, Thierry MOREAU, Kti DEVOS, Anne BOSVIEUX…) et quelques néophytes comme à chaque week-end. Le temps est glacial le samedi matin au point de ne pas permettre au gaz de chauffer le café. Donc tout le monde se précipite dans les premières bennes du BETTEX pour la première manche.

Cette manche est tracée le long de la piste bleue des Orgières du côté Saint Gervais entre le Mont-Joux (1958m) et le hameau des Communailles. Les participants emmenés par le local de l’étape Samuel SPERBER se lancent dans une reconnaissance à ski. Malheureusement, le vent forci dans le mauvais sens pour le décollage et l’atterrissage, le ciel se couvre et les premiers flocons apparaissent. Le parcours prévu est impraticable.

Le service des pistes de Mégève et le club de Saint Gervais Mont-Blanc Vol Libre proposent alors de fermer une piste verte sur l’autre versant, moins exposé. Il n’y a plus que 200 m de longueur pour que les techniciens purs s’expriment. Les ateliers sont donc tracés de manières très rapprochés. Il ne faudra pas réellement voler si on ne veut pas rater un exercice et donc des points.

La zone de départ de la première manche dispose de deux emplacements au choix. Malheureusement pour les organisateurs, les compétiteurs remarquent tout de suite que seulement une zone est bien placée pour rentrer dans la première zone de glissé. Tout le monde se trouve alors en file indienne les voiles en bouchon au même endroit. Ca prend un peu de temps, ça passe doucement, trop doucement pour certain, mais on ne change pas une manche en cours. Un petit retard sur le programme mais les passages des soixante cinq concurrents inscrits sont fluides du fait d’un parcours court, de peu de vrac nécessitant un redécollage et d’une entraide toujours vérifiées lors des rencontres Vol et Ski.

La deuxième manche est lancée dans la foulée. Le départ n’a pas été élargi mais la première zone de glissé est supprimée au profit d’une cible en milieu de parcours. Ca reste très technique et les néophytes se contentent des points de décollage (25 points) et du piquet de départ en face d’eux au départ (25 pts). On remarque la grande forme de Kti DEVOS qui réalise le seul sans faute de la journée avec un 1000 points toute catégorie confondue. La neige continue à alourdir les voiles au décollage et couvre les sacs qui n’arborent ici aucun sponsor.

Le temps ne permet pas de skier simplement pour profiter de la montagne. La journée a été bien active et le retour au village repose des efforts. Tout ce petit monde se retrouve le soir à la gare de Tramway Mont-Blanc de Saint Gervais pour un couscous partagé. Une petite entorse bienvenue à la traditionnelle tartiflette des repas Vol et Ski. Kti DEVOS et Patrick BEROD sont à égalité au classement général avec 1800 points chacun. A la fin de cette première journée on trouve derrière Timothy ALONGI, Eliot NOCHEZ Anne BOSVIEUX, Sean POTTS

Le dimanche matin on reprend les mêmes et on recommence sous le soleil et au dessus d’une mer de nuage dans la vallée. Le long et beau parcours non utilisé la veille peut enfin être exploité. Il faut toutefois attendre un peu car les ouvreurs finissent dans le brouillard et le vent forci encore au sommet du Mont Joux. Le directeur d’épreuve descend alors le décollage de quelques mètres pour être moins exposé. La largeur du lieu est appréciable car ce sont quatre à cinq voiles qui peuvent se préparer en parallèle. La sécurité avant le vol en est renforcée et l’espacement au départ est respecté par tous grâce à cette ambiance de convivialité et de partage que l’on retrouve dans le vol libre. Les bénévoles du club des bourguignons aident une nouvelle fois leurs partenaires du club local à la faveur de relations d’échanges de séjours et rencontres sur l’année tant chez les uns que chez les autres.

Les conditions sont idéales. Les voiles s’affalent souvent à cause du vent arrière et le plat des zones de glissé mais les ateliers possèdent d’efficaces zones de redécollage. On rappelle qu’une voile qui tombe à la fin d’un atelier n’annule pas les points obtenus mais les divise simplement par deux. Donc beaucoup tentent le tout pour le tout sans risque pour glaner les quelques points qui pourront faire la différence à l’arrivée.

Le dimanche matin, ce sont deux manches qui sont lancées à la suite l’une de l’autre. Le thermique près de l’atterrissage sent déjà le barbecue qui attend les compétiteurs aux Communailles avec saucisses et merguez. Ce n’est malheureusement pas le jour de l’exploiter. Le repas se déroule donc au soleil au fil des arrivées de la deuxième manche de la journée. Les skieurs profitent du spectacle coloré dans le ciel et dans la neige. Pour le décor et en raison d’une approximation amusante une voile couvre un petit chalet à côté de l’atterrissage. Il n’y a pas de communication des points pendant la journée donc c’est à l’aveugle que chacun assure ou tente sa chance.

La troisième manche de cette seconde journée, la cinquième de ce week-end, est décidée dès l’orange sanguine avalée. Le départ sera réellement au Mont-Joux car le vent est plus calme. L’envol est plus direct dans la pente. Ca permet au sapin au milieu du décollage de respirer et de ne plus risquer un nouvel emmaillotage par parapente. Une zone de touché de cible est ajoutée et les points différemment répartis pour toujours conserver ces fameux 1000 points possibles par manche. Personne ne parviendra à ce score à une manche le dimanche.

La remise des prix se déroulent à l’intérieur de la gare de Tramway Mont-Blanc de Saint Gervais avec un crescendo du suspense digne des plus grandes aventures humaines. Le maire de Saint Gervais est présent, ainsi que Denis CORTELLA venu remettre un exemplaire de sa nouvelle sellette sans bretelle Karver et tous les bénévoles bourguignons chantants et haut-savoyards. Le magazine PARAPENTE MAG qui a initié les challenges Vol et Ski sont aussi de la fête avec de nombreux lots. Michel LANNIAUX fait un fascinant cadeau de séjour pour tout un groupe au choix entre son chalet de Saint Gervais ou son refuge en Argentine (sans le billet d’avions). La présence de neuf équipages de biplaces est relevée car c’est un record lors d’une étape Vol et Ski. Tous les participants sont récompensés et un tirage a sort vient compléter la distribution des lots pour que chacun choisisse un souvenir de cet excellent week-end. Il reste une semaine avant l’étape de Flaine pour réparer les voiles écorchées par les carres des skis ou les suspenses coupées par des paquets de neige tassée par le vent embarqués au décollage.

Résultat :
Voile Solo Homme :
1 : 4380 pts : Eliot NOCHEZ
2 : 4120 pts : Timothy ALONGI
3 : 4095 pts : Sean POTTS

Voile Solo Femme :
1 : 3420 pts : Kti DEVOS
2 : 3410 pts : Anne BOSVIEUX
3 : 2210 pts : Laetitia JAMME

Voile Biplace :
1 : 2640 pts : Thierry MOREAU
2 : 2600 pts : Laurent MONNERON
3 : 1950 pts : Anthony GREEN

Liens :
Le club Saint Gervais Mont-Blanc Vol Libre : http://stgervais.vollibre.free.fr/
Challenge Vol et Ski 2010 : http://www.voletski.fr
Office du tourisme de Saint Gervais : http://www.st-gervais.net
Domaine skiable de Saint Gervais : http://www.ski-saintgervais.com/
Kortel Design : http://www.korteldesign.com/
Parapente Mag : http://www.parapentemag.com/
Michel LANNIAUX : http://www.alpes-andes-location.com/
Photos de Stéphane GUILLAUME :
http://www.photo-sauvage.fr/saint%20gervais%20les%20bain.html

Article lié :
Vol et Ski 2010 : http://www.blog.sportatoo.fr/2010/01/02/vol-et-ski-2010/

Chess Quizz du 5 mars 2010

Après une petite pause, voici quelques positions où il faut trouver le gain pour l’un et l’autre. Bonne lecture.

Position 1.

Même un champion du monde peut se faire surprendre par une combinaison qu’il aurait largement pu anticiper. En 1976, Anatoli Karpov est victime d’un coup de massue de la part d’Efim Geller lors du championnat d’URSS qu’il gagnera pourtant.

Quelle suite permet à Geller de gagner du matériel ?

Geller-Karpov 1976

Geller-Karpov 1976

Position 2.

Alfred de Musset n’avait pas seulement le talent d’être un poète reconnu mais il aimait beaucoup les Echecs. Au point qu’il composa un problème, un mat en trois coups. Attention, dans un problème le premier coup est souvent paradoxal.

Comment les Blancs parviennent à mater ?

Mat en trois coups.

Mat en trois coups.

Position 3.

Première partie du championnat du monde 1927 entre Capablanca et Alekhine. Dans une position tranquille Capablanca se fait surprendre. Alekhine a joué Dd7-f5 et le Cubain répliqua par Ta1-c1 ce qui est une erreur. Reste à le démontrer. Les Noirs jouent et gagnent du matériel.

Question subsidiaire. Qu’aurait dû jouer Capablanca pour éviter de perdre ce matériel, bien que la position d’Alekhine aurait été préférable ?

Une combinaison qui changea la face de l'Histoire des Echecs.

Une combinaison qui changea la face de l'Histoire des Echecs.

Position 4.

Un classique de la finale Roi et Pion contre Roi et Dame. Les Blancs peuvent-ils gagner avec le trait ? Cette situation a été exposée pour la première fois par le mythique joueur italien Le Greco au 17ème siècle.

Position 4 rectifée

Position 5.

Richard Réti nous montre son talent de créateur. Dans une position désespérée pour les Blancs, il parvient à démontrer qu’ils annulent, en utilisant une propriété de l’échiquier. Les Blancs jouent et font nulle.

Finale à l'inspecteur gadget ou la défense glissée des Blancs.

Finale à l'inspecteur gadget ou la défense glissée des Blancs.

Bobby Fischer : le mythe, la réalité et le paradoxe d’un génie des Echecs.

Il s’est éteint le 17 janvier 2008, à l’âge de 64 ans. La semaine prochaine, le 9 mars exactement, il aurait fêté son 67ème anniversaire. Beaucoup le considèrent comme le plus grand joueur d’échecs de tous les temps, y compris le meilleur «officiellement» Garry Kasparov. Il était l’homme de tous les paradoxes, de tous les contrastes et tous les extrêmes mais il a révolutionné les échecs.

JAPAN PEOPLE BOBBY FISCHER


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2 K pour un trône (7ème et dernière partie). 1991-2009, une rivalité qui s’estompe.

Pendant les années 1980, le monde des échecs a tourné autour de ces deux noms. Mais le public et surtout la majorité des amateurs, s’il connaît Karpov et Kasparov, aspire à voir une autre concurrence capable de rivaliser avec ces deux champions. Cette concurrence conteste petit à petit la domination des deux K avant de la pousser progressivement, avec l’âge, sur une lente pente descendante.

Kasparov Karpov valence affiche

L'affiche du jubilé des deux K organisé à l'occasion des 25 ans du premier match, en septembre 2009

La relève se prépare (1991-1992).

Karpov, qui a 40 ans en 1991, aspire encore à être à nouveau le challenger de Kasparov, qui en a 28 la même année, en 1993. Mais le premier il doit franchir les obstacles d’une jeune génération, née à la fin des années 1960, aux dents longues et à l’ambition grandissante.

Ces champions qui veulent mettre fin à cette suprématie bicéphale sont connus depuis quelques temps. L’Anglais Nigel Short, le Hollandais Jan Timman mais surtout deux Soviétiques : Vassili Ivantchouk (vainqueur de Linares 1990) et Boris Gelfand. Tous les deux ont brillamment gagné le tournoi interzonal de Manille. On ne s’inquiète guère pour la relève. Un autre jeune acteur, qui comme les deux précédents, a 21 ou 22 ans, débarque sur la scène de l’élite mondiale. Il s’agit du champion du monde junior 1987 : l’Indien Viswanathan Anand, surnommé « Lucky Luke » parce qu’il joue très vite (moins d’une heure pour 40 coups en moyenne).

Tout ce beau monde se retrouve en février 1991 à Linares, où les deux K se sont donnés rendez-vous. Pendant que Kasparov récupère de son match, Karpov a disputé une semaine après celui-ci un tournoi à Reggio Emilia, qu’il gagne tranquillement.

Ce tournoi promet d’être passionnant et dès la première ronde, un coup de tonnerre retentit : Ivantchouk bat Kasparov. Et ce n’est pas tout : quelques jours plus tard, c’est Karpov qui est victime de l’Ukrainien, qui est le premier à battre les deux K dans un même tournoi. Karpov n’est pas en grande forme. Il perd contre Anand et quatre parties au total, terminant avec 50% des points. Gelfand est encore moins dans le coup. Quant à Kasparov, s’il a réussi à surmonter sa défaite, il doit se contenter de la deuxième place à la dernière ronde : il annule avec les Blancs pendant qu’Ivantchouk gagne. Une série de 15 victoires consécutives en tournoi prend fin (record inégalé). La dernière fois où Kasparov n’avait pas gagné un tournoi remonte à 1981 !

Oui, c’est clair en ce début d’année 1991, la relève veut faire tomber les deux K. Ces derniers partagent la troisième place du tournoi d’Amsterdam derrière Short et Salov. Comme à leur habitude, ils se sont battus comme des chiffonniers et Karpov a manqué le gain.

Le championnat du monde se rappelle à Karpov. En août 1991, pendant le coup d’État en URSS, il doit affronter Anand. Le match est indécis : l’Indien joue bien mais l’expérience de Karpov fait la décision dans la dernière partie. Une victoire 4,5 à 3,5 qui le qualifie pour les demi-finales des candidats. Dans ces quarts de finale, tous joués à Bruxelles, la carrière d’Ivantchouk (22 ans) bascule déjà en s’effondrant contre Youssoupov.

En 1990, Kasparov a décidé de claquer la porte à la GMA. Du coup, la deuxième Coupe du Monde, organisée par l’association des grands-maîtres, tombe rapidement à l’eau. Un seul tournoi est joué à Reykjavik en septembre 1991. Karpov et Ivantchouk s’imposent mais ensuite les financements s’arrêtent. Dommage.

A la fin 1991, les deux K sont présents à Tilburg. Malgré une défaite contre Anand, Kasparov domine largement le tournoi (10/14 soit 7 victoires, 6 nulles et 1 défaite). Les deux parties entre les deux K sont spectaculaires. La première est à rallonge (114 coups un record entre les deux joueurs), la deuxième est largement dominée par Kasparov. Karpov marque 7,5 points sur 14 et termine quatrième. La menace est connue, elle s’appelle Nigel Short (deuxième) pendant qu’Anand, troisième confirme. A cette occasion il réalise aussi le « doublé » : battre les deux K.

La ronde des tournois continue : à Paris au trophée Immopar, Karpov et Kasparov sont battus par Timman qui gagne la compétition. En janvier 1992 à Reggio Emilia, le tournoi accueille 9 ex-soviétiques sur 10 (une semaine avant, l’URSS avait officiellement cessé d’exister). L’intrus est Anand… qui gagne le tournoi en battant Kasparov avec les Noirs (c’est très rare en tournoi, la dernière fois remonte à … 1981 !).

En février, Kasparov gagne son deuxième tournoi de Linares. 10 points sur 13 dont une victoire sur Karpov, relégué à 2,5 points en quatrième place. Le champion du monde remporte la partie qui les oppose.

Trois 'K' champions du monde consécutifs. Garri Kasparov, Anatoli Karpov et entre eux Vladimir Kramnik, qui battit Kasparov en 2000, qui avait été son professeur dans l'école que dirigeait ce dernier. Photo prise en août 2009 à l'occasion de la célébration du bicentenaire du club de Zürich. (source Chess Base).

Trois 'K' champions du monde consécutifs. Garri Kasparov, Anatoli Karpov et entre eux Vladimir Kramnik, qui battit Kasparov en 2000, qui avait été son professeur dans l'école que dirigeait ce dernier. Photo prise en août 2009 à l'occasion de la célébration du bicentenaire du club de Zürich. (source Chess Base).

La chute de la maison Karpov

Linares devient le tombeau de Karpov au mois de d’avril. Sa demi-finale des candidats l’oppose à Nigel Short. L’Anglais a franchi un cap depuis deux ans et se pose en candidat sérieux au titre mondial. Pourtant, Karpov prend la main : une victoire dans la première partie et deux nulles. Il semble que l’Anglais n’a pas la carrure pour tenir face à Karpov. Mais il bat l’ancien champion du monde dans les quatre parties où il a les Blancs. Un fait incroyable qui explique l’événement de cette année 1992 : Karpov est sorti du cycle mondial par Short 6-4 (4 victoires à 2). Une page se tourne.

Kasparov n’est pas mécontent, lui qui gagne à Dortmund au début de l’été. Karpov n’est pas fini comme en témoignent ses victoires à Madrid et Bienne. Mais on aura un championnat du monde qui ne sera pas K-K et en plus, il opposera le Russe à un Occidental, soit Short, soit Timman. En finale des candidats, Short dispose de Timman et devient le premier anglais candidat au titre mondial. Mais dans le même temps émerge celui qu’on considère comme le plus digne successeur de Kasparov, son élève, Vladimir Kramnik qui n’a que 18 ans en 1993.

Kasparov s’en va, Karpov revient (1993-1995).

Au printemps 1993, la FIDE décide que Manchester organisera le prochain championnat du monde. Short est mécontent de n’avoir pas été consulté et trouve des sponsors (le Times notamment). Il convainc Kasparov de le suivre. La FIDE décide d’exclure les deux finalistes du championnat du monde qui décident la sécession. Kasparov crée pour l’occasion la PCA (Professionnal Chess Association). Le match n’a aucun intérêt sportif : Kasparov gagne 5 des 9 premières parties et le score de 12,5 à 7,5 traduit l’énorme écart entre un joueur au sommet de sa forme et un autre trop tendre. Short ne sera plus un candidat vraiment sérieux par la suite.

Cette exclusion remet Karpov en scelle. L’ancien champion du monde avait été surclassé à Linares au printemps dernier, notamment en étant écrasé avec les Blancs par Kasparov. Le voilà qui dispute un championnat du monde dans l’anonymat contre Timman, qu’il gagne facilement (12,5 à 8,5), alors qu’il n’y croyait peut-être plus.

Karpov, qui a 42 ans en 1993, est revigoré contre un Kasparov qui a été exclu du classement Elo. Et au printemps 1994 il réalise la plus belle performance de sa carrière pourtant longue : à Linares il marque 11 points sur 13 (9 victoires et 4 nulles) même s’il ne bat pas un Kasparov pas vraiment inspiré. Le champion PCA est relégué à 2,5 points et subit deux défaites.

Le printemps ne réussit décidément pas trop à Kasparov. Il a monté un circuit de tournois en semi-rapides avec la PCA et l’appui de la firme Intel. Il est éliminé par Kramnik à Moscou mais gagne à New York en juin. Peu avant, il a redoré son blason en gagnant un court tournoi à Amsterdam. L’Ogre de Bakou se fait  éliminer, à la surprise générale, au premier tour de l’étape londonienne du cycle PCA par le logiciel Chess Genius. Le champion joue comme il n’a jamais autant joué en cette année : une victoire à Horgen en Suisse et un nouveau succès à Paris pour la finale du Grand Prix PCA. Quant à Karpov, il ne gagne aucun des tournois qu’il dispute après son triomphe andalou et se contente des accessits.

A la fin de 1994 Kasparov réussit un coup : il se réconcilie avec Campomanès pour mettre à l’écart Karpov, dans l’optique d’une réunification éventuelle. Campomanès échoue et doit à la fin de 1995 céder sa place à un oligarque, Kirsan Iloumjinov, la trentaine et président de la république de Kalmoukie dans le Caucase. C’est une façon aussi de torpiller le candidat de Karpov, le Français Bachar Kouatly.

1995-1999. Un duel de plus en plus distant et de moins en moins passionnant.

Pour l’année 1995, les deux joueurs s’évitent. Leurs résultats sont irréguliers : des victoires dans les tournois mais aussi quelques contre-performances. Kasparov doit s’incliner contre le Français Joël Lautier, dont le tort aura été de s’obséder à battre Kasparov et pas sur son jeu en général à Amsterdam et lui laisse la victoire. Kasparov affronte Visky Anand pour le championnat du monde PCA à l’automne. Le match se déroule dans une des tours du World Trade Center. Kasparov n’arrive pas à percer la défense de l’Indien : après 8 nulles, il perd la 9ème. Mais l’ogre a préparé ses armes : il écrase Anand sur sa préparation d’ouverture dans la 10ème et change son répertoire avec les Noirs. Anand ne s’en remet pas : en cinq parties, il perd quatre fois et Kasparov conserve son titre 10,5 à 7,5.

Kasparov et Anand pour une photo promotionnelle du championnat du monde PCA disputé dans une des tours du World Trade Center. Kasparov gagne facilement ce match en ayant poussé Anand à jouer contre-nature.

Kasparov et Anand pour une photo promotionnelle du championnat du monde PCA disputé dans une des tours du World Trade Center. Kasparov gagne facilement ce match en ayant poussé Anand à jouer contre-nature.

Quant à Karpov, il est reversé dans le cycle FIDE au stade des demi-finales. Il est opposé à Boris Gelfand à Sanghi Nagar (en Inde). Il se qualifie en gagnant le match 6 à 3 et doit affronter Gata Kamsky, ex-russe naturalisé américain.

Le match se joue en juin 1996 à Elista (en Kalmoukie). Iloumjinov n’est pas arrivé à trouver un organisateur mais son immense fortune lui a permis de sauver les meubles, comme cela arrivera plusieurs fois au cours de sa présidence (il est encore président de la FIDE). Karpov tue le suspens entre les parties 4 et 9, gagnant 4 fois pour deux nulles. Kamsky, dépité, se retire des Echecs, suit des études de médecine, et ne revient qu’en 2007 de façon sérieuse. Un contre-Fischer.

A Las Palmas, en décembre 1996, les deux K sont à nouveau réunis. Kasparov est nettement vainqueur et termine bien une année assez contrastée. Karpov finit dernier et subit encore la défaite contre Kasparov. L’ancien champion du monde n’est plus le numéro deux mondial : la place est revendiquée par Anand et Kramnik. Si son nom reste la marque du prestige d’un tournoi, ses résultats sont en déclin. Karpov ne travaille plus autant les Echecs, l’ambition l’abandonne petit à petit.

Les deux champions se font moins présents dans les tournois mais pas dans les médias. L’un et l’autre multiplient les exhibitions. Karpov dispute de nombreuses simultanées, est présent dans les grandes compétitions échiquéennes. Kasparov se tourne vers le grand public. Après avoir vaincu Deep Blue en 1996, il accepte un match revanche contre Deeper Blue, l’ordinateur développé par des ingénieurs d’IBM. Ce choix coûte aussi la PCA à Kasparov : Intel ne voulait pas qu’il fasse de la publicité à son concurrent et a retiré son sponsoring à l’organisation. Le rêve de Kasparov de créer une ATP sur 64 cases s’effondre. Il se retrouve pris à son propre piège politique.

Ce 11 mai 1997 est une date marquante dans l’histoire de l’informatique. Deeper Blue bat Kasparov ! Ce dernier s’embarque dans une ouverture très douteuse et perd proprement en 19 coups. Kasparov accuse IBM d’avoir recours à l’aide de grands-maîtres. D’autres affirment que Kasparov voulait faire monter les enchères en voulant un match revanche. La défaite est humiliante, même à 500 000 $. Surtout qu’IBM a atteint son but et décide de démanteler la machine.

Kasparov est à la recherche de défis depuis quelques temps et cette défaite marque une rupture dans sa carrière. Il n’avait jamais été battu en match. Ses apparitions sont plus rares, au moins dans les grands tournois. Son grand tournoi suivant est Wikj aan Zee en 1999. Il n’avait jamais joué ce tournoi. Il l’a disputé trois fois et gagné… trois fois (1999 à 2001). Sa victoire contre Topalov est une de ses préférées. Tout comme Karpov, il est présent à Besançon en 1999 aux championnats de France, bien que les deux soient venus séparément à des dates différentes.

Karpov continue également son tour du monde. Ses résultats en tournoi sont moins bons et il s’éloigne progressivement du Top 10 mondial. Il n’est pas content non plus de voir la formule championnat du monde K.O. version tennis s’imposer à lui. Il obtient d’être directement qualifié pour la finale en 1998 et bat Vishy Anand, épuisé par un mois de compétition, en prolongation. En 1999, Karpov accepte encore moins que la FIDE se déjuge en organisant le mondial un an avant la date fixée. Le Russe va aller jusqu’au tribunal international du sport avant qu’un accord amiable ne règle l’affaire.

Kasparov et Karpov déchus.

Karpov ne se battra plus jamais pour un titre mondial, même sans valeur. On peut comprendre son amertume lorsqu’on sait qu’il a sauvé la FIDE en acceptant de disputer le match contre Timman en 1993. Quant à Kasparov, il se cherche un adversaire et parvient par la firme Braingames à organiser un match contre son élève, Vladimir Kramnik. Le match a lieu à Londres, dans des conditions pas très bonnes. Kramnik déjoue Kasparov en imposant le « mur de Berlin » avec les Noirs (la défense Berlinoise de la partie Espagnole). Jamais le champion du monde n’est arrivé à la percer. Par contre, il souffre terriblement avec les pièces noires : Kramnik remporte deux parties convaincantes (les 2 et 10). Kasparov n’arrive à rien et après la 15ème partie d’un match qui devait en compter 16, il est vaincu (6,5 à 8,5, aucune victoire, deux défaites et treize nulles).

Kasparov ne cherche pas d’excuse mais veut un match revanche que Kramnik lui aurait promis oralement. Rien n’y fait, le nouveau champion du monde n’est pas pressé et la FIDE cherche à réunifier les cycles sans qu’il y ait un fond de volonté et de financement ; c’est une façon de se débarrasser de Kasparov. Dans un entretien, il reconnaît s’être trompé en 1993 en ayant quitté la FIDE.

En février 2001, Kasparov et Karpov se retrouvent une dernière fois en tournoi à Linarès. La suprématie du premier est éclatante : en 10 parties, Kasparov marque 7,5 points, devant ses cinq autres adversaires qui n’en comptent que 4,5 chacun. Kasparov bat une nouvelle fois Karpov. Jamais Karpov n’a battu Kasparov en tournoi à part Belfort en 1988.

Kasparov reste numéro un mondial et dispute encore des tournois mais ses présences se font un peu plus rares.  Il établi un nouveau record du classement Elo avec 2851 points (pour mémoire l’actuel numéro un mondial n’en a que 2810). Karpov ne joue presque plus en compétition officielle. Les deux se retrouvent à New York en 1992 pour un match-exhibition de quatre parties. Kasparov est largement favori mais Karpov l’emporte à la surprise générale (2,5 à 1,5). Il suffit de voir la tête de Kasparov pour comprendre que ce résultat est loin d’avoir un caractère amical.

Kasparov atteint la quarantaine, Karpov en a plus de cinquante. Le second continue d’honorer sa présence des tournois, chez les jeunes en particulier. Le premier comprend qu’on ne veut plus de lui. Il dispute encore des tournois. Après une neuvième victoire à Linares, il annonce le 11 mars 2005 qu’il se retire de la compétition officielle. Quelques heures avant, il venait de s’incliner dans son ultime partie de compétition contre celui qui lui succède au rang de numéro un mondial, le Bulgare Veselin Topalov. Kasparov veut s’opposer à Vladimir Poutine, quand Karpov est élu député à la Douma et membre d’un conseil consultatif.

D’autre part, les deux ont cherché à diversifier leur activité : Kasparov, dont on dit qu’il a gagné entre 25 et 30 millions de $ dans sa carrière, a créé une société de conseil dans le transport aérien. Karpov lui a investi dans une petite compagnie pétrolière. Kasparov, dont un documentaire a été réalisé pour France 3 en 2000, y va même de ses réflexions historiques délirantes : il affirme sérieusement que jamais les Égyptiens n’ont construit les pyramides et que les Occidentaux ont écrit l’Histoire du monde au XVIème siècle. Plus intelligemment, il a mis en place son site qui va marcher quelques années, avant sa fermeture qui suit sa retraite. Il développe une école d’échecs en Israël mais surtout aux Etats-Unis.

Et les conceptions politiques réciproques sont évidemment différentes. Karpov ne les a jamais exprimées clairement, même s’il a toujours fait partie de la majorité légaliste. Kasparov se définit, comme dans une récente interview, comme un « social libéral ». Mais son mouvement politique Solidarnost mêle tous les genres : des anciens communistes, des libéraux, un ancien premier ministre et un parti « national-bolchevik ». Un conglomérat dont le seul dénominateur commun est le rejet du gouvernement actuel. Kasparov serait proche des milieux néoconservateurs américains et publie même une tribune dans Le Monde contre la politique complaisante du président Sarkozy à l’égard de Vladimir Poutine.

Enfin la réconciliation ?

En décembre 2007, Kasparov est arrêté au cours d’une manifestation. Il est condamné à cinq jours de prison. Karpov vient le voir mais on lui refuse de le rencontrer. Le premier en sera gré du second, le second a expliqué qu’il venait voir quelqu’un en difficulté. C’est dans une émission radio russe que les deux champions se retrouvent. La paix est décrétée officiellement. Karpov pourrait bien avoir payé ce geste : il est « écarté » de l’assemblée consultative en 2008 mais bien ne permet concrètement de corroborer l’affirmation.

Karpov et Kasparov le 29 novembre 2007 dans les locaux de la radio Ekho Moskvy, quelques jours après la libération de Kasparov. L'ambiance de ces deux "anciens combattants" contraste avec la tension des matches dans les années 1980

Karpov et Kasparov le 29 novembre 2007 dans les locaux de la radio Ekho Moskvy, quelques jours après la libération de Kasparov. L'ambiance de ces deux "anciens combattants" contraste avec la tension des matches dans les années 1980

Désormais, quand les deux se rencontrent, c’est plus une histoire d’anciens combattants que d’une rivalité haineuse. A Zürich, ils participent ensemble aux festivités du bicentenaire du club. L’ambiance est détendue. Karpov s’est remis à jouer en compétition mais sans préparation et trop lent, il obtient des résultats catastrophiques parfois. A Saint Sébastien en juillet dernier, il termine dernier. Cela fait presque peine à voir. Quant à Kasparov, il a accepté d’entrainer le prodige norvégien, Magnus Carlsen, actuel meilleur joueur du monde.

Peu avant était venue l’idée, à Karpov le dit-on. Celle d’organiser un jubilé pour les 25 ans du début du premier match. Kasparov accepte. C’est Valence, ville où serait né le jeu moderne, qui accueille ce match. Dès lors on parle à nouveau du jeu, on ressort les vieilles images, on qualifie même les Échecs de dépassé (Marie Drucker a dû affronter la vindicte échiquéenne via le médiateur de France 2).

Le match perd tout son sel d’entrée : Karpov est systématiquement victime du manque de temps et est incapable d’accélérer le jeu. Il gaffe dans la première partie avec les Blancs et perd au temps. Kasparov gagne le match en semi-rapide 3-1. Le troisième jour, c’est une série de huit parties blitz. Kasparov impose la même domination : 5 victoires, 1 défaites et 2 nulles. Le score final de 9-3 reflète l’écart de classement entre les deux joueurs (si on tient compte du dernier classement de Kasparov qui ne figure plus sur la liste officielle).

Un autre match devait se dérouler à Paris en décembre mais le manque de temps de préparation, dû à l’arrivée trop tardive d’un sponsor, a repoussé le projet, peut-être dans le cadre de l’année de la Russie en France. On parle du musée du Louvre comme lieu d’accueil prestigieux. Kasparov aime bien Paris : il a gagné 5 fois le tournoi semi-rapide qui se déroulait au théâtre des Champs-Élysées. Karpov y a de moins bons souvenirs mais se rend de temps en temps en France.

Kasparov et Karpov lors de leur match exhibition à Valence en septembre 2009. Kasparov a montré un bon niveau de jeu malgré son absence de pratique de tournoi de haut niveau.

Kasparov et Karpov lors de leur match exhibition à Valence en septembre 2009. Kasparov a montré un bon niveau de jeu malgré son absence de pratique de tournoi de haut niveau.

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Evidemment, on ne pouvait pas finir sans une vidéo insipide, consacrée à la plus intéressante des parties semi-rapides.

http://www.dailymotion.com/videoxamhjk

Ce long, très long, récit est celui d’une histoire entre deux hommes pas comme les autres, deux champions hors du commun. Kasparov est devenu le plus grand joueur de l’Histoire au contact de Karpov, et Karpov est devenu encore plus grand que son palmarès (inégalé à ce jour en nombre de victoires) autorisait déjà.

Jamais il n’y aura d’affrontements aussi titanesques, pleins de drames comme l’ont été ces cinq matches. Cette histoire est inscrite à jamais dans les annales du sport et des échecs. Et leur nom résonne encore dans les oreilles de profanes. Ainsi le grand-maître Mikhaïl Gourevitch, qui était un des secondants de Kasparov dans les années 1980, raconte que sa petite fille, qui avait alors 4 ans, vit Kasparov pour la première fois. Il lui demande quel était son nom :

« Kasparov, répondit-elle

-          Et quel est son prénom ? demande le père

-          Karpov ! »

Kasparov éclata de rire.

Quelques statistiques :

-          Nombre de parties officiellement comptabilisées et répertoriées : 193 entre 1981 et 2009.  Les parties rapides, exhibitions sont incluses même si elles ne sont pas comptabilisées pour le classement Elo. Karpov a eu 99 fois les Blancs, Kasparov 94 fois les Noirs.

-          Kasparov a remporté 39 parties contre 25 à Karpov, 129 parties ont été nulles. Soit un total de 103,5 à 89,5.

-          Kasparov s’est imposé 31 fois avec les Blancs, 8 fois avec les Noirs ; Karpov a gagné 17 parties avec les Blancs et 8 fois avec les Noirs.

-          En championnat du monde, les deux joueurs ont disputé 144 parties, du jamais vu et un record sans doute inégalé : Kasparov s’est imposé à 21 reprises, Karpov 19. Kasparov a gagné 17 parties avec les Blancs, 4 fois avec les Noirs. Karpov compte 14 victoires avec les Blancs et 5 avec les Noirs. Le pourcentage moyen des Blancs est supérieur à la moyenne statistique (58% avec 31 victoires contre 9 défaites et 104 parties nulles) : les Blancs tournent autour de 54% sur plus de 4 millions de parties enregistrées. Le fort pourcentage de nulles montre bien l’équilibre des forces entre les deux joueurs. Kasparov ne creuse l’écart qu’après 1990.

-          Par contre, en partie de tournoi (excluant les exhibitions), Karpov n’a battu qu’une fois Kasparov (en 1988). Kasparov s’est imposé à 7 reprises. Quinze parties ont été nulles. Il n’a gagné qu’une seule fois avec les Noirs mais n’a jamais été vaincu par son rival avec les pièces blanches.

-          Pour les techniciens. Sans surprise, le gambit de la Dame (1.d4 d5 2.c4 e6) a été l’ouverture la plus pratiquée à 48 reprises soit une partie sur quatre (malgré son absence dans le match de 1990): le bilan est légèrement favorable à Kasparov après le match de Valence (8 victoires à 6 pour 34 nulles). La défense Grünfeld (1.d4 Cf6 2.c4 g6 suivi de 3…d5) a été jouée à 32 reprises (toujours par Kasparov avec les Noirs). Kasparov n’a gagné que 4 fois avec les Noirs contre 8 gains à Karpov. On comprend aussi mieux pourquoi Karpov n’a pas joué la solide défense Caro-Kann (1.e4 c6) contre Kasparov lors du match de 1990 : en 7 parties, Kasparov a gagné 4 fois pour trois nulles. La reine des parties ouvertes, la partie Espagnole (1.e4 e5 2.Cf3 Cc6 3.Fb5), s’est présentée 15 fois. Kasparov en a gagné 5, une défaite et 9 nulles. Kasparov a dégoûté Karpov de jouer 1.e4 contre lui avec la défense Sicilienne (1 seule victoire en 14 parties pour deux défaites mémorables en 1985).

-          En championnat du monde, la moyenne de coups jouée est de 38 soit dans la moyenne d’une partie d’échecs de compétition. Les deux K ont joué plus de 7500 coups l’un contre l’autre. Le championnat du monde 1990 a été l’occasion de premières : les Noirs n’ont gagné aucune partie et le gambit Dame n’a jamais été joué alors qu’il l’a toujours été au moins une fois dans les trente matches précédents.

-          Aucune confrontation en championnat du monde n’a atteint cette ampleur. Les autres grandes confrontations en match : Labourdonnais contre McDonnell en 1834 (85 parties même s’il n’y avait pas de championnat du monde la rencontre opposait les deux joueurs considérés comme les meilleurs du moment) et Botvinnik contre Smyslov en 1948,1954, 1957 et 1958  (74). Bobby Fischer et Boris Spassky se sont affrontés à 56 reprises en comptant toutes les parties jouées (dont 35 hors championnat du monde).

Chess quiz du 12 février.

Afin d’aiguiser votre sens tactique, voici quelques positions plus ou moins faciles. Quand il est indiqué que les Blancs ou les Noirs gagnent, cela signifie qu’ils matent ou qu’ils gagnent du matériel ou bien forcent une position facile à gagner.

Les cinq premières positions sont extraites de parties disputées en championnat du monde. La sixième est une création

Position 1. 10ème partie du championnat du monde 1966. Petrossian contre Spassky

Les Blancs jouent et gagnent

Petrossian Spassky 1966

Position 2. 17ème partie du championnat du monde 1978. Kortchnoi contre Karpov.

En grand manque de temps, Kortchnoi joua Ta3-a1 pour parer le mat par la Tour en c1. Mais il a raté un autre mat : les Noirs matent en trois coups.

Kortchnoi Karpov 1978 (21)

Position 3. 10ème partie du championnat du monde 1892. Steinitz contre Tchigorine

Steinitz a joué g4-g5. Pourquoi ce coup est une grave erreur. Quelle réplique de Tchigorine contraint Steinitz à abandonner ?

Steinitz Tchigorin (10) 1892

Position 4. 8ème partie du championnat du monde 1907 entre Lasker et Marshall.

Marshall joua Ta1-a2 et Lasker annonça mat en 5 coups, poussant l’Américain à abandonner.

Lasker Marshall (8) 1907

Position 5. 23ème partie du championnat du monde 1892. Tchigorine contre Steinitz.

La position la plus dramatique dans l’histoire des championnats du monde. Mené 8 victoires à 9, Tchigorine devait absolument gagner pour égaliser à 9-9 et forcer une prolongation. Dans cette position, il commet le coup Fd6-b4 et provoque la clameur des centaines de personnes qui assistent à la partie à La Havane…

Tchigorin Steinitz (23) 1892

Position 6. Étude de Chernev

Une étude est une position imaginée dans laquelle les Blancs gagnent ou font nulle selon les cas. Il s’agit le plus souvent de positions de finales dont certaines sont nécessaires à la maîtrise de la technique de fins de partie. C’est le cas de celle-ci.

Les Blancs gagnent. Comment valoriser le pion de plus et le pousser à Dame ? Le gain n’est pas trop difficile mais il faut calculer plusieurs coups d’affilée.

Chernev Etude

Bonne chance.

2 K pour un trône. 6ème partie. Un cinquième set (1988-1990).

Après les tumultueuses années 1984-1987, le monde des Échecs va aspirer à une certaine tranquillité. Le cycle du championnat du monde va reprendre son cours normal et enfin on va pouvoir observer les deux K disputer des tournois ensemble, ou séparément d’ailleurs. Mais ce dont on est pratiquement sûr c’est que le seul à pouvoir détrôner Garri Kasparov reste Anatoli Karpov, même si le champion du monde prend l’ascendant sur son adversaire.

lyon90

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Les solutions du mater le mat.

Voici la solution expliquée  des cinq petits problèmes que je vous ai montré hier. Ils n’étaient quand même pas trop difficiles. Seul le dernier pouvait poser problème.

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La semaine du parapentiste

Du lundi au vendredi je travaille huit heures par jour dans un bureau devant mes écrans d’ordinateur. Le week-end, je vole sous mon parapente. C’est un peu réducteur et ça masque une activité quotidienne plus intense qui me permet de vivre pleinement ma passion. Je vous présente donc ma véritable semaine de parapentiste amateur mais sérieux. Rassurez-vous, ce n’est pas toutes les semaines ainsi. Mais je fais tout pour que ça y ressemble. L’année 2008 a bien suivi ce modèle puis l’année 2009 a été plus laborieuse. Je souhaite parvenir à vingt cinq semaines comme celle-ci pour 2010.

Lundi :
-         Déballage des sacs et du matériel. La voile peut avoir pris l’eau lors des pliages de la veille au soir. Le salon de mon appartement se transforme alors en un étendage géant pour 25 m² de tissu.
-         Lessive des chaussettes, pull, sous-pull et tee-shirts car, entre les marches et les vols, la transpiration et les efforts physiques sont visibles au sel présent entre les mailles.
-         Déchargement des photographies numériques, pas encore de vidéo mais j’espère que ça viendra sous peu, sur mon portable. Pour moi, toutes les images sont magnifiques du moment où il y a une voile qui s’y trouve. Toutes mes valeurs sont ainsi représentées en quelques pixels.
-         Mise à jour des fiches de site de mon classeur papier. On trouve toujours une pancarte de chasseur pour indiquer une date déconseillée, une rencontre qui donne un chemin plus facile pour le décollage ou un thermique qui était excellent et dont on espère la présence la fois prochaine.

Mardi :
-         2 heures de course pédestre ou séance de fractionner autour du stade ou exercice de renforcement musculaire. C’est un sport le parapente. Il faut donc s’entretenir un minimum. Et comme je m’entraîne plus que besoin je compense par un marathon par semestre avec toujours l’objectif raisonnable du 3h30.
-         Ecriture des articles et des billets d’humeur sportive pour mes blogs, profils Internet et autres relais d’informations écrites. Je pratique un peu trop en solitaire cette activité que je veux partager et faire vivre à tous. Pour le moment, avant les vols en biplaces, c’est le moyen dont vous bénéficiez.
-         Retour de mes activités à mes partenaires, sponsors et mécènes sous forme variées allant de la photographie exclusive à un article personnalisé. Malheureusement, cette semaine encore, c’est surtout la soirée consacrée à la préparation de présentation afin de séduire des partenaires, sponsors et mécènes.

Mercredi :
-         Repos car il faut un jour dans la semaine pour tenter de vaincre sa passion.
-         Manque de chance pour moi, j’ai choisi de passer les brevets fédéraux de pilote et quelques certifications annexes. Donc c’est une soirée de révision de cours théoriques, de tests sous forme de QCM et de rédaction sur des questions ouvertes.

Jeudi :
-         2 heures d’entraînement physique entre midi et deux. Il paraît que ça fait du bien mais je me demande parfois si c’est un masochiste qui parle ou s’il est simplement sadique quand il tente de me motiver. Je complète cette partie par vingt kilomètres quotidien de vélo pour aller au boulot.
-         Réunion du club de l’ASUL Vol Libre. Non pas que le week-end se fera entre nous sur le même site de vols. Mais il faut échanger les opinions et les réflexions pour avoir le maximum d’élément pour le principal sujet du soir : qu’est-ce qu’on fait ce week-end ? Le vol est solitaire mais le travail préparatoire peut efficacement se faire en équipe.
-         Première analyses météorologiques pour savoir si le vol est impossible ce week-end ou s’il y a des chances de voler. On consulte les sites Internet généralistes sur l’ensemble du pays et du sud-est de la France. Ce n’est pas encore le moment d’aller zoomer sur les vallées. Ce soir il faut déterminer si ça volera dans les Alpes, le Massif  Central, le Jura, les Vosges ou devant la télévision.

Vendredi :
-         Analyse météorologiques pour déterminer le massif montagneux de destination. Si le temps ne permet qu’une demi-journée au mieux, le Bugey sera privilégié en partant de Lyon. S’il y a un peu de Nord, le Beaujolais permet quelques jeux au dessus des vignes avant la pluie ou les bourrasques. Si c’est grand beau alors c’est la porte ouverte au Vercors, Chartreuse, Ecrins, Bauges… suivant les vents et les prévisions glanées.
-         Décision du moyen de transport privilégié et du logement pour la nuit de samedi à dimanche. Quand le week-end est bon, je pars avec la voiture et me pose dans un hôtel à bas coût pour faire le plus simple. Cette année, ce sera toujours voiture car les transports en commun sont trop rares en montagne le week-end. Mais la tente viendra remplacer le lit douillet car l’été dernier m’a redonné goût au camping.
-         Adaptation du matériel en fonction de la météorologie prévue et des choix de destinations potentielles mais surtout de ce que l’on espère faire. Si c’est pour faire du vol et ski comme en hiver, il faut démonter l’accélérateur et enlever le parachute de secours. Si c’est pour tenter de traverser la vallée du Grésivaudan, il faut alors remonter l’accélérateur. Et si c’est pour tourner autour d’un site fréquenté et tumultueux alors le parachute de secours est à remettre dans sa poche. Un jour, je serai peut-être amené à choisir, à ce moment là, la voile selon l’objectif.
-         Remplissage du sac le soir pour ne pas avoir à y penser le matin. Je ne suis pas du matin. Pourtant, je me lève le samedi plus tôt que pour aller au boulot à cause du trajet avant le premier vol. Alors je préfère remplir mon sac le soir et ne plus y penser une fois qu’il est dans le couloir. Pas encore dans la voiture car il faut le vérifier et l’ajuster jusqu’au départ.
-         Préparation des rations alimentaires du week-end. Le plus souvent, c’est salade de pâtes ou de riz, boîtes de salade toutes prêtes, compotes de fruits en tube souple pour en mettre de partout dans les poches et quelques litres d’eau avec et sans compléments sucrés pour les efforts physiques de longue durée. Je ne m’inquiète pas, je trouve toujours à grignoter des pouces d’herbes tendres sur les décollages, du blé tendre près des atterrissages et des green-chaud pour tenir.

Samedi :
-         Analyse météorologiques pour déterminer la vallée de destination du voyage du matin. J’en suis à ma troisième analyse déterminante mais il y en a eu constamment depuis jeudi matin. Et ce n’est pas fini car le week-end n’est fait que de ça : regarder le ciel. Ceci afin de déterminer le côté de la vallée à grimper, l’instant du décollage, le moment de chercher un thermique, la décision de se poser en cas de confiance dans les nuages altérée…
-         Vol, enfin. C’est souvent en fin de matinée. Pas tout de suite en sortant de la voiture. Il faut prendre le temps et attendre le bon moment. Que le mental soit totalement disponible et prêt. Il ne faut aucun voyant à l’orange. Tout doit être maîtrisé et sans doute aucun.
-         Repas avant ou après, quand on en ressent le besoin. Je suis en total décalage sur ce point pendant les jours de vol. La meilleure heure est midi pour le vol donc je mange plutôt une compote avant de décoller et tard en fin d’après-midi pour le plus consistant. Du coup, il n’y a pas toujours de repas du soir.
-         Ecriture de notes sur les vols en buvant un coup. Il faut le faire à chaud pour se souvenir de tout et le noter. Ca sert pour la fois suivante et pour apprendre en toute occasion. Et en buvant, c’est le moyen de reprendre les litres perdus pendant la journée où l’on oublie de le faire. En plus, les bouteilles ou les poches d’eau, c’est lourd dans un sac volant.
-         Couché tôt. La semaine, je suis un couche tard mais après une journée de ballade et de vol en parapente, je tombe comme une masse. La télévision de l’hôtel reste éteinte alors que je suis habituellement un adepte de la petite lucarne la semaine. Surtout, je ne pense pas au parapente en m’endormant sinon je reste éveillé par l’excitation et les petites poussées d’adrénaline que cette activité procure.

Dimanche :
-         Levé naturel pour petit déjeuner gargantuesque sur une table dehors. C’est avec ce repas que je dois tenir toute la journée. Donc je profite des hôtels où le buffet est à volonté le matin. Et de dehors, je commence ma traditionnelle analyse météorologiques pour déterminer la destination du voyage du jour. Histoire de ne pas perdre la bonne habitude.
-         Vol. Il peut y en avoir qu’un petit, un plouf de cinq minutes. Mais tout le travail de la semaine est sublimé par ces cinq minutes. C’est la cerise sur le gâteau. Et peu m’importe si ça ne vole finalement pas du week-end. Que j’attende des heures sans pouvoir sortir la voile du sac. Je me régale du gâteau seul.
-         Halte dans un coin paumé pour faire le point de la journée sur mes petits carnets. Il faut retourner à la voiture qui n’est jamais à l’endroit où je me pose. Maintenant que je me ballade le long des massifs par les airs, il y a du stop à faire ou de la marche avant d’y parvenir. Je fais parfois une sieste avant de reprendre la route pour le retour. Si tout c’est bien passé, je suis sur les rotules complètement vidé.
-         Retour à la maison et à la réalité de mon quotidien de citadin entouré de béton et de bruit. La descente est rude quand je rentre dans Lyon après deux jour d’aventures montagnardes et sportives. Le remède est une bonne douche et au lit.

Mater le mat. Echauffez-vous le cerveau.

A la demande de plusieurs participants réguliers de Sportatoo, je vous propose quelques exercices tirées de parties d’échecs réelles et un autre d’une étude.

A vous de trouver le coup et la séquence qui gagnent. Le camp qui joue peut mater ou gagner. Dans ce dernier cas, il s’agit soit d’un mat, soit d’un gain matériel important (une pièce, la dame), soit d’une position telle que l’adversaire préfère abandonner plutôt que continuer inutilement.

Bonne chance !

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Corus 2010. Carlsen, meilleur joueur plus que jamais.

Du 13 au 29 janvier la petite ville de Wijk aan Zee  (Pays-Bas) accueillait le traditionnel tournoi Corus. Depuis 1938 et la création du tournoi à Beverwijk, les aciéries sponsorisent ce tournoi d’Echecs, le deuxième plus ancien après celui d’Hastings. La firme Corus, dont le propriétaire est le groupe industriel indien Tata, a repris le partenariat de l’épreuve.

Wijk aan Zee sous la neige.

Wijk aan Zee sous la neige.

Le tournoi Corus fait partie depuis presque trente ans des plus importants tournois du calendrier international. Tous les plus grands champions s’y sont imposés : Spassky, Petrossian, Karpov, Kasparov (trois fois en trois participations de 1999 à 2001), Kramnik et Anand, recordman de victoires avec cinq, constituent les plus éminents membres de la liste des vainqueurs. L’an passé, c’était l’Ukrainien devenu Russe Sergey Kariakin qui s’était imposé.

Un plateau de prestige.

Le tournoi Corus est loin d’être une manifestation qui se résume à une seule compétition. Il se divise en trois tournois fermés (A le principal, B et C), plus des tournois opens où peuvent participer les joueurs amateurs. Sponsoring oblige, la présence de joueurs indiens est nombreuse.

La particularité du premier grand tournoi de l’année est son nombre : 14 participants dans le tournoi A. C’est désormais une rareté dans le concert international où les tournois fermés se limitent entre 6 et 10 joueurs. L’endurance prend une part importante, même si on est loin des tournois mastodontes des années 1960 (17 rondes soit plus de 3 semaines de compétition à l’époque).

Le niveau de l’édition 2010 (72ème édition) était particulièrement relevé : une moyenne à 2719 points Elo. Ce n’est pas le record mais avec 14 joueurs la performance demeure. Les trois meilleurs joueurs du moment étaient réunis ; seul Veselin Topalov (numéro 2 mondial) était absent :

-          Magnus Carlsen (Norvège), 19 ans, numéro un mondial depuis le 1er janvier, le plus jeune de l’Histoire des Echecs. Vainqueur à Nankin et Londres, deuxième à Moscou, champion du monde en blitz. Tel est le bilan sur les 6 derniers mois de 2009, depuis que sa collaboration avec Garri Kasparov a été officialisée. Il n’a pas perdu une partie classique en 26 rencontres (pour 12 victoires). Son Elo est de 2810.

-          Viswanathan « Vishy » Anand (Inde), 41 ans. Champion du monde en titre. Troisième joueur au classement Elo avec 2790 points.

-          Vladimir Kramnik (Russie), 34 ans. Champion du monde de 2000 à 2007. Vainqueur à Moscou, deuxième à Londres. Il revient en forme et surtout est très motivé.

Les autres participants ont aussi leur mot à dire même si les experts pensaient que la victoire finale allait se jouer entre ces trois-là : Sergey Kariakin, le vainqueur de l’an passé, Vassily Ivantchouk (Ukraine) toujours capable du meilleur comme du pire étaient les autres prétendants les plus sérieux. Mais il fallait compter avec Alexei Shirov (Espagne), Peter Leko (Hongrie), Hikaru Nakamura (Etats-Unis). Le tournoi comptait aussi quelques joueurs moins bien classés mais qu’il ne fallait pas négliger : le benjamin italo-américain Fabiano Caruana, l’Anglais Nigel Short (vainqueur en 1987), le Cubain Leinier Dominguez et le trio néerlandais, Sergey Tiviakiov, Loek van Wely et Jan Smeets, promis à la figuration.

Shirov à fond à fond à fond.

Le début du tournoi est marqué par l’échappée belle d’Alexei Shirov, en même temps que la neige tombe sur les plages ventées de la mer du Nord. L’Espagnol remporte ses cinq premières parties et creuse un écart d’un point et demi sur ses poursuivants, Carlsen, Nakamura et Ivantchouk avec 3,5 points. Quant aux néerlandais, ils jouent les rôles de victimes expiatoires comme prévu. Vainqueur de sa première partie, Loek Van Wely perd les quatre suivantes (et même une cinquième consécutive). Par contre, le champion du monde Anand est toujours en panne : 5 parties, 5 nulles.

La sixième oppose Anand à Carlsen. Le premier vrai test pour les deux joueurs. La partie se termine par la nullité en 19 coups. Déjà heureux d’avoir battu Van Wely la veille, Shirov se contente de la nulle contre Short. Quant à Kramnik, il rattrape Carlsen,Nakamura et Ivantchouk (ces deux derniers ont fait nulle ensemble).

Kramnik passe la surmultipliée.

A partir de la mi-course, Vladimir Kramnik produit son effort. Mais il s’en sort bien contre Short par une superbe fin de partie. Il cède un demi-point à Carlsen (vainqueur d’Ivantchouk) et à Nakamura (vainqueur de Shirov). Shirov reste premier avec 5,5 points mais Carlsen et Nakamura sont à 5 points, Kramnik à 4,5 points.

La huitième ronde oppose les quatre hommes de tête entre eux. Shirov, qui s’essoufle, préfère répéter les coups contre Magnus Carlsen, dont l’attaque semble quelque peu spéculative. Nakamura, en pleine forme tente la risquée défense Hollandaise contre le technicien Kramnik. Il obtient une position intéressante mais se fourvoie vers le 20ème coup. L’ancien champion du monde fait parler sa science : il est implacable et pousse l’Américain à l’abandon.

La neuvième oppose Carlsen à Kramnik. La dernière partie entre les deux avait vu une belle victoire du Norvégien (c’était à Londres). Cette fois, la position est équilibrée mais Carlsen gaffe et perd une pièce. Kramnik n’en demande pas tant et met fin à la longue invincibilité du numéro un mondial. Et comme Shirov a annulé contre Ivantchouk, le résident parisien est leader du classement (6,5 points avec Shirov 6 et Carlsen 5,5). Nakamura perd contre Kariakin, qui fait un tournoi discret. Ce dernier se replace avec sa deuxième victoire consécutive (et la dernière de son tournoi).

Et quelles nouvelles du champion du monde ? Neuf parties, neuf nulles. La victoire finale lui échappe parce que rattraper deux points à Kramnik avec quatre parties à jouer (et quelques autres prétendants devant) est une mission impossible. Et pourtant…

Anand coupeur de têtes. Carlsen du diable vauvert.

Le champion du monde joue le rôle d’arbitre dans ce tournoi. A la dixième, il écarte Alexei Shirov, qui n’a pas gagné depuis la cinquième ronde ; c’est aussi sa première victoire dans ce tournoi. En gagnant avec les Noirs, Carlsen revient à un demi-point de Kramnik. Sa victime, Kariakin, peut décemment renoncer à conserver son trophée. Malgré une attaque prometteuse, Kramnik n’a pu vaincre Ivantchouk qui a trouvé la bonne défense pour obtenir la partie nulle.

Carlsen en commentateur de football ? Non, le Norvégien commente sa partie. Ca fait moins beauf, c'est en anglais, pas forcément simple pour les novices mais ça marche.

Avec 7 points, Kramnik devant Carlsen (6,5), Shirov (6,5), Nakamura et Anand (5,5). La victoire risque de se jouer entre Kramnik et Carlsen.

Onzième ronde. Carlsen bat Dominguez avec les Blancs. Le duel Shirov-Kramnik peut faire la décision mais la partie est nulle après 51 coups. En se contentant de courtes nulles (15 et 20 coups), Anand et Nakamura ont dit adieu à leurs chances de victoire finale, et même de podium. Avec 7,5 points, Carlsen et Kramnik sont premiers, Shirov est à 7 points.

Douzième ronde. Anand affronte Kramnik avec les Blancs. Le Russe choisit sa défense solide, la défense Petroff. Anand improvise et sacrifie une qualité pour de l’activité. L’improvisation est payante : Anand l’emporte au 45ème coup. Pendant ce temps, Carlsen annule avec les Noirs contre Peter Leko, excellent joueur mais froussard quand même. Cette nulle lui permet de passer devant (8 points). Quant à Shirov, il ne peut qu’annuler avec les Noirs contre Kariakin ; il rattrape Kramnik à la deuxième place (7,5 points). Anand occupe la quatrième place avec 7 points.

Vladimir Kramnik à gauche et Alexei Shirov à droite analysent leur partie nulle de la 11ème ronde. Le combat a été serré. Les deux joueurs doivent se contenter du podium après avoir mené lun et lautre lépreuve.

Vladimir Kramnik à gauche et Alexei Shirov à droite analysent leur partie nulle de la 11ème ronde. Le combat a été serré. Les deux joueurs doivent se contenter du podium après avoir mené l'un et l'autre l'épreuve.

Treizième et dernière ronde. Kramnik affronte Kariakin et n’insiste pas longtemps (21 coups). Sa position ne lui plaisait pas et il préfère assurer le podium au minimum. Carlsen affronte Fabiano Caruana, qui souffre dans ce tournoi (il a le 11ème classement Elo du tournoi avec 2675). Pourtant, c’est l’Italien qui mène la vie dure au champion norvégien. Le benjamin manque de créer la sensation et d’empêcher le numéro un mondial de remporter l’épreuve. La partie se termine par la nulle au 55ème coup, consacre aussi la victoire solitaire de Carlsen.

Magnus Carlsen peut souffler. Il a gagné le tournoi. Après ses récents exploits, il ajoute un trophée de plus à son palmarès.

Magnus Carlsen peut souffler. Il a gagné le tournoi. Après ses récents exploits, il ajoute un trophée de plus à son palmarès.

Si Anand annule avec les Noirs contre Van Wely, il se fait rejoindre à la quatrième place par Nakamura qui a battu Tiviakov. Le tournoi est décevant pour le champion du monde. Est-il déjà en mode préparatoire pour son match contre Topalov en avril ? Le Corus serait l’occasion de s’habituer au rythme et à la tension de la compétition. Anand pourra se consoler en étant le seul joueur invaincu de la compétition.

Vishy Anand, le champion du monde en titre. Sil est resté le seul invaincu du tournoi, il na gagné que deux parties, la première après 9 nulles. Un tournoi de préparation avant le match davril contre le Bulgare Topalov.

Vishy Anand, le champion du monde en titre. S'il est resté le seul invaincu du tournoi, il n'a gagné que deux parties, la première après 9 nulles. Un tournoi de préparation avant le match d'avril contre le Bulgare Topalov.

Voici le classement final.

Carlsen remporte une autre victoire majeure et inscrit son nom au palmarès du prestigieux tournoi. Au passage, il glane quelques points Elo. Kramnik termine deuxième à nouveau. Sans doute a-t-il été victime de son point faible : l’endurance. Il a craqué au moment critique. Quant à Shirov, il peut être déçu de sa troisième place avec le départ en fanfare qu’il a produit. Mais l’Espagnol a semblé fatigué par la suite. Nakamura semble s’installer progressivement dans la hiérarchie, lui qui jouait peu de tournois fermés de haut niveau. Quant aux Néerlandais, ils terminent aux trois dernières places avec 5 et 4,5 points respectivement. Tournoi difficile pour un ancien vainqueur (Nigel Short), le seul qui n’a jamais gagné (3 défaites et 10 nulles). Celui de l’édition 2009 n’a jamais été en mesure de rivaliser : Kariakin marque 7 points (2 victoires, 10 nulles, 1 défaite) mais il n’a pas figuré dans le peloton de tête.

Les autres tournois.

Le « B » était un catégorie 16 (2629 Elo en moyenne) dont on apprécierait le niveau en A dans un autre tournoi. La sensation est venu d’Anish Giri (2588, 11ème classé), le Hollandais, qui remporte le tournoi avec 9/13. Il n’a perdu qu’une fois (contre Anna Muzychuk, qui vient de renforcer l’équipe féminine d’Evry) mais sa domination a été sans partage. Il devance l’Allemand Arkadij Naididtsch (8,5, mieux classé du tournoi) et le Chinois Ni Hua (8). Giri est qualifié pour le tournoi A l’année prochaine. Ce sera son premier grand tournoi pour ce jeune champion des Pays-Bas (16 ans).

Dans le tournoi C (2455 Elo de moyenne), le Chinois Li Chao (2604 tête de série numéro une) a largement dominé les débats avec 10/13. Il devance l’Indien Gubta (8,5) et le tandem Van Kempen et l’Italien Vocaturo (8). Le jeune Américain Roy Robson a animé le début du tournoi mais a encaissé 3 défaites et une nulle en milieu d’épreuve, pour terminer cinquième avec 7.5 points (il a perdu contre les quatre premiers).